Entreprise & Management 17.04.2026

Travailler sans contrat depuis 15 jours : êtes-vous en CDI ?

Pierre
contrat de travail : 15 jours sans écrit, comment agir
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Vous travaillez depuis quinze jours, badges passés, mails envoyés, planning rempli… mais aucun contrat de travail à l’horizon. C’est plus qu’un contretemps administratif : au-delà de 48 heures, l’absence d’écrit change votre statut. La bonne nouvelle : dans bien des cas, vous êtes déjà en CDI — et parfois à temps plein — avec une période d’essai impossible à invoquer. Voici comment lire la situation et agir sans vous exposer.

À retenir vite : un CDD non signé dans les 48 heures peut être requalifié en CDI ; un CDI verbal est valable et présumé à temps complet ; aucune période d’essai ne s’applique sans clause écrite et datée du jour de signature.

15 jours sans contrat : ce que le Code du travail change pour vous

Le droit français privilégie la réalité du travail sur la paperasse. Dès lors qu’il existe un lien de subordination (consignes, horaires, contrôle), la relation de travail est constituée, contrat signé ou non. Deux régimes coexistent : le CDD, qui exige un écrit remis dans les deux jours ouvrables suivant l’embauche, et le CDI, pour lequel l’écrit n’est pas une condition de validité, sauf mentions spécifiques (notamment au temps partiel).

Conséquence pratique après quinze jours sans document : si l’employeur comptait sur un CDD, il s’expose à une requalification en CDI. S’il s’agissait d’un CDI, l’absence d’écrit vous place souvent en position de force sur la durée du travail, la période d’essai et certaines clauses sensibles (mobilité, non-concurrence, etc.).

CDD non signé dans les 48 heures : bascule vers un CDI et fin d’essai

En CDD, l’obligation d’écrit et sa remise dans les deux jours ouvrables qui suivent l’embauche sont impératives. Sans écrit, le juge considère que l’employeur a voulu contourner les garanties du CDD. Vous pouvez alors demander la requalification en CDI devant les Prud’hommes, avec rappel de droits afférents (ancienneté, indemnités potentielles).

Autre effet décisif : la période d’essai ne se présume jamais. Si rien n’est écrit, elle n’existe pas. Un contrat signé au quinzième jour ne peut pas « rétroactiver » une période d’essai au premier jour. Toute rupture « pendant l’essai » serait donc nulle et pourrait s’analyser comme un licenciement nécessitant un motif réel et sérieux.

CDI sans écrit : présomption de temps complet et angles morts contractuels

Le CDI verbal est admis. Il demeure toutefois silencieux sur des points sensibles : rémunération exacte, intitulé de poste, lieu, horaires. En cas de litige, le juge applique la convention collective et les usages, mais il existe une règle très protectrice : à défaut d’écrit précis, l’emploi est présumé à temps complet. Impossible pour l’employeur d’arguer a posteriori d’un temps partiel de 24 heures sans contrat stipulant la répartition horaire.

Sur le salaire, sans clause écrite ou preuve d’un engagement clair, on retient au minimum les minima conventionnels. D’où l’intérêt d’avoir au moins un message confirmant l’offre initiale et sa rémunération — voir notre analyse dédiée sur la validité juridique d’une proposition d’embauche par mail.

Période d’essai et date de signature : pas de rétroactivité possible

Beaucoup d’employeurs tentent de « rattraper » en faisant signer un contrat daté au premier jour alors que vous êtes déjà en poste. Refusez l’antidatage et datez votre signature du jour effectif. La période d’essai, pour être opposable, doit être écrite, préciser sa durée et courir à compter de la signature régulière. Toute autre pratique est fragile juridiquement.

Gardez en tête qu’une mention d’essai insérée tardivement ne permet ni de rompre sans motif ni d’écourter les protections applicables au CDI. Cela évite des « fins d’essai » au quinzième ou vingtième jour dépourvues de base légale.

Vérifiez la DPAE : couverture en cas d’accident et risque de travail dissimulé

Indépendamment du contrat, l’employeur doit effectuer la DPAE (Déclaration préalable à l’embauche) auprès de l’URSSAF avant votre arrivée. Sans cette formalité, on bascule vers le travail dissimulé : amendes, rattrapage de cotisations et fortes conséquences s’il survient un accident du travail. En cas de doute, confrontez l’employeur et, si besoin, suivez nos démarches concrètes : que faire si l’employeur ne vous a pas déclaré à l’URSSAF.

Si la DPAE a bien été faite, vous restez couvert par la Sécurité sociale, même sans contrat signé. En l’absence de DPAE, vous devrez prouver la relation de travail (témoignages, photos, mails, pointages) ; la caisse pourra alors se retourner contre l’employeur.

Rassembler des preuves : ancrer la relation de travail dans les faits

Sans écrit, la preuve devient votre filet de sécurité. Constituez un dossier simple et daté. Conservez les éléments qui matérialisent l’exécution du travail, l’horaire, la subordination et l’accord sur la rémunération. En cas de conflit, c’est ce socle qui emportera la conviction du juge.

  • Emails ou SMS fixant l’embauche, le taux horaire ou le salaire.
  • Plannings, agendas partagés, badgeages, feuilles de temps.
  • Échanges sur les consignes, accès aux outils, comptes informatiques.
  • Témoignages de collègues, clients, fournisseurs.
  • Preuves de versements d’acomptes ou d’indemnités, si c’est le cas.

Astuce probatoire : envoyez un courriel récapitulatif poli (« Je confirme mon démarrage le [date] pour le poste de [fonction] au salaire de [X] € ») ; sans réponse contraire, ce message pèsera.

Agir selon votre objectif : sécuriser, négocier ou partir

Votre stratégie dépend moins de la théorie que de votre projet professionnel à court terme. Dans tous les cas, privilégiez une trace écrite et des échanges posés ; vous pourrez ensuite durcir le ton si nécessaire.

Si vous souhaitez rester, demandez la formalisation rapide avec des clauses conformes au réel (classification, salaire, lieu, horaires). S’ils veulent introduire une période d’essai au quinzième jour, rappelez calmement son inopposabilité. Si vous hésitez, négociez les points clés avant signature : grille salariale, primes, organisation du temps de travail, télétravail.

Si vous envisagez de partir et que rien n’a été signé, évitez le départ brutal : un courrier de prise d’acte fondé sur les manquements (absence d’écrit, DPAE, paie) encadre mieux la rupture et ses effets. Faites-vous accompagner par un avocat, un syndicat ou un expert prud’homal ; la qualification de la rupture influe sur vos droits (indemnités, assurance chômage).

Grille de lecture rapide : CDD vs CDI sans écrit

Scénario Obligation d’écrit Après 15 jours sans contrat Vos leviers
CDD Écrit obligatoire et remis sous 48 heures Risque élevé de requalification en CDI Exiger la requalification, contester toute période d’essai, sécuriser la rémunération
CDI Écrit recommandé, mais non indispensable Présomption de temps complet, impossibilité d’« inventer » une période d’essai Négocier les clauses avant signature, figer le salaire et le poste par écrit, dater au jour réel
Temps partiel Écrit impératif (horaires, répartition) À défaut, emploi présumé à temps plein Demander rappel d’heures et ajustement de paie, mise en conformité
DPAE absente Déclaration à l’URSSAF avant embauche Suspicion de travail dissimulé, couverture incertaine Saisir l’URSSAF, sécuriser la preuve d’accident du travail le cas échéant

Ce qu’un inspecteur du travail vous dirait sans détour

Un employeur qui laisse tourner quinze jours sans écrit teste souvent « votre fit » avant de tenter un CDD antidaté ou une sortie discrète. Ne signez jamais un document rétrodaté ; apposez la date réelle. Sans période d’essai écrite au bon moment, toute rupture éclair peut coûter cher à l’entreprise.

Ce pragmatisme doit guider vos échanges : courtoisie, faits, dates. Montrez que vous connaissez le cadre légal et que vous documentez chaque étape. La plupart des situations se règlent à l’amiable quand le rapport de force juridique est compris.

Passez à l’action : sécurisez votre situation de travail

Commencez dès aujourd’hui par un email bref demandant votre contrat de travail, daté et enregistré. Vérifiez la DPAE et conservez chaque preuve d’exécution du travail. En CDD non signé sous 48 heures, formalisez par écrit votre demande de requalification en CDI. En CDI sans écrit, négociez les clauses essentielles et refusez tout antidatage.

Enfin, si l’employeur s’obstine (refus d’écrit, paie incertaine, menace de « fin d’essai »), préparez l’escalade maîtrisée : mise en demeure, médiation, puis action devant les Prud’hommes. Votre dossier — preuves, dates, échanges — fera la différence. Et souvenez-vous : en droit du travail, c’est la réalité du poste qui prime, pas la promesse de papier.