Les NAO 2026 dans le transport routier tournent autour d’un point simple : les salaires conventionnels vont-ils enfin évoluer ? Dans le transport routier de marchandises, les propositions patronales restent faibles, les syndicats les jugent insuffisantes et la hausse de 1 % annoncée concerne surtout les frais de déplacement, pas les grilles salariales.
Où en sont les négociations dans le transport routier de marchandises ?
Les NAO, pour négociations annuelles obligatoires, réunissent les organisations patronales et syndicales autour des salaires, des indemnités, des conditions de travail et d’autres sujets sociaux. Dans le transport routier, le dossier le plus suivi concerne le TRM, c’est-à-dire le transport routier de marchandises.
Les organisations patronales citées dans les discussions sont notamment la FNTR, l’OTRE et l’Union TLF. Côté salariés, les prises de position mentionnent notamment FO-UNCP, la CFTC Transports, la CFDT et la CGT. Le point de blocage principal porte sur la revalorisation des grilles de salaires conventionnels.
Les échanges ont été ponctués par plusieurs rendez-vous, avec des discussions le 2 décembre, une réunion le 16 décembre 2025, puis une nouvelle réunion NAO du TRM le 17 février. FO a aussi communiqué le 11 mars sur l’état des négociations dans les transports. À ce stade, aucun accord salarial satisfaisant n’est présenté pour le TRM.
| Point suivi | État des discussions | Conséquence pratique |
|---|---|---|
| Salaires conventionnels du TRM | Propositions patronales rapportées entre 0,8 % et 1 % | Refus syndical ou blocage persistant |
| Dernière revalorisation des grilles | Octobre 2023 selon Transport Info | Risque de troisième année blanche consécutive |
| Frais de déplacement | Revalorisation de 1 % | Application indiquée depuis le 1er janvier 2026 |
| Suite des discussions | CPPNI et autres sujets sociaux | Possibilité de remettre les salaires à l’ordre du jour |
Salaires conventionnels : pourquoi le terme d’année blanche revient
Des minima qui n’ont pas suivi le rythme attendu
Dans le TRM, les discussions portent sur les minima conventionnels, c’est-à-dire les niveaux minimaux de rémunération fixés par la branche selon les classifications. Quand ces grilles ne sont pas revalorisées, le salaire de chaque salarié ne baisse pas automatiquement, mais le socle collectif se fragilise. Les premiers niveaux se rapprochent du SMIC, les écarts entre coefficients se tassent et la reconnaissance de l’expérience devient moins visible.
Transport Info indique que la dernière revalorisation des grilles salariales remonte à octobre 2023. Dans ce contexte, l’expression de troisième année blanche consécutive sert à décrire l’absence de hausse significative des salaires conventionnels. Pour les salariés, le sujet dépasse donc le simple pourcentage. Il touche au pouvoir d’achat, à la pénibilité du métier et à la valeur reconnue au travail routier.
Le SMIC comme point de tension
FO met en avant une perte des salaires du TRM par rapport au SMIC de 5,44 % depuis 2020. L’organisation mentionne aussi 424 000 salariés dans le transport routier de marchandises. Cette comparaison est centrale, car lorsque les minima conventionnels se rapprochent trop du salaire minimum légal, la branche perd une partie de sa capacité à reconnaître les qualifications, l’ancienneté ou les contraintes spécifiques du métier.
Pour un conducteur, l’enjeu ne se limite pas à une ligne de grille qui bouge. Il s’agit aussi de savoir si le métier reste mieux valorisé que le minimum légal, au regard des horaires, des découchés éventuels, des contraintes de chargement, de sécurité et de disponibilité. C’est cette accumulation qui explique la fermeté des réactions syndicales.
Propositions patronales : 0,8 %, 1 % et refus syndicaux
Les propositions patronales évoquées varient selon les comptes rendus : 0,8 % dans certains échanges, 1 % dans d’autres, avec l’idée d’une revalorisation linéaire appliquée aux grilles. Transport Info indique qu’un geste supplémentaire à 1,2 % aurait été attendu par les syndicats pour envisager la signature d’un accord. D’autres discussions initiales ont aussi évoqué une possibilité autour de 1,4 %, sans déboucher sur un accord salarial jugé satisfaisant.
Le refus syndical s’explique par l’écart entre ces pourcentages et les attentes accumulées depuis la dernière revalorisation. Une hausse de 1 % sur une grille peut sembler être un mouvement, mais elle reste jugée trop faible lorsqu’elle intervient après plusieurs exercices de tension salariale. Les syndicats contestent donc moins le principe d’une négociation que le niveau du mandat patronal.
On peut lire ces NAO comme un rapport de force très concret. D’un côté, un mandat patronal limité à quelques dixièmes de point. De l’autre, le coût de la vie, l’usure professionnelle et le tassement des grilles. Tant que le niveau de revalorisation reste aussi bas, même une proposition chiffrée donne l’impression de ne pas répondre au problème posé.
Frais de route : ce que change vraiment le +1 % en 2026
Une hausse applicable, mais distincte du salaire
Un accord sur les frais de déplacement a été signé fin décembre, avec une revalorisation de 1 % applicable depuis le 1er janvier 2026. Ces frais concernent notamment les repas et les grands déplacements, selon les éléments mis en avant par FO. Pour beaucoup de salariés, cette hausse est visible parce qu’elle touche des postes du quotidien professionnel.
Mais elle ne doit pas être confondue avec une hausse de salaire. FO rappelle que les frais de route ne constituent pas du salaire et n’ouvrent droit à aucune protection sociale. Autrement dit, ils ne produisent pas les mêmes effets qu’une augmentation du brut. Ils n’agissent pas de la même manière sur les droits sociaux, la retraite ou la progression conventionnelle.
Pourquoi la distinction est importante sur la fiche de paie
Pour un salarié du transport routier, la différence entre salaire, indemnité et frais de déplacement est essentielle. Le salaire rémunère le travail et sert de base à des droits sociaux. Les frais de route indemnisent des dépenses liées à l’activité, comme les repas ou certains déplacements. Ils peuvent améliorer le net perçu dans certaines situations, mais ils ne remplacent pas une revalorisation durable de la grille.
C’est précisément ce qui alimente l’incompréhension syndicale : une hausse des frais peut être utile, mais elle ne répond pas à la revendication principale portant sur les salaires conventionnels. Elle ne corrige pas non plus le tassement des coefficients ni l’écart perçu avec le SMIC.
Quels impacts pour les salariés et quelles suites possibles ?
Le blocage des NAO 2026 dans le TRM peut avoir plusieurs effets concrets. Pour les conducteurs longue distance, les régionaux, les salariés d’exploitation ou les personnels soumis aux grilles de branche, l’absence de revalorisation entretient une pression sur le pouvoir d’achat. Elle peut aussi renforcer le sentiment que la pénibilité du métier n’est pas suffisamment reconnue.
La comparaison avec d’autres secteurs de la branche ajoute à la tension. FO mentionne par exemple 107 000 salariés dans le transport routier de voyageurs, où une augmentation linéaire de 1,3 % est indiquée. Dans le secteur ambulancier, qui représente 67 000 salariés selon FO, l’organisation évoque aussi des situations très proches du SMIC, avec l’expression « un centime au-dessus du Smic ». Ces écarts nourrissent une lecture sectorielle claire : tous les métiers du transport ne connaissent pas les mêmes avancées, mais beaucoup partagent une même préoccupation salariale.
La CPPNI et les autres sujets sociaux
La suite peut passer par la CPPNI, la Commission paritaire permanente de négociation et d’interprétation. Cette instance peut permettre aux syndicats de remettre la question salariale à l’ordre du jour, mais aussi d’aborder d’autres thèmes sociaux. Parmi les sujets évoqués figurent les complémentaires santé, les majorations d’ancienneté et les indemnités de départ à la retraite.
Ces sujets ne remplacent pas une hausse des grilles, mais ils peuvent compter dans l’équilibre global d’une négociation. Une meilleure couverture santé, une ancienneté mieux reconnue ou des conditions de départ améliorées pèsent sur la qualité sociale de la branche. Reste que, pour les salariés du TRM, le cœur du dossier demeure clair : sans revalorisation salariale significative, la NAO transport routier 2026 restera perçue comme un rendez-vous manqué sur les salaires.